
Luxeuil-les-Bains
mercredi 3 juin 2026
Cette journée était consacrée à la découverte de Luxeuil-les-Bains, ville de la Haute-Saône qui renferme de nombreuses richesses architecturales, largement suffisantes pour remplir toute une journée de visite. Comme son nom l’indique, la présence de sources d’eaux chaudes aux particularités médicales connues depuis les Celtes a fait sa renommée et explique en grande partie son développement économique. Son nom viendrait de Luxovius, nom du dieu gaulois à qui ce site était dédié. L’autre origine à son expansion fut la forte personnalité et le rayonnement spirituel de saint Colomban, moine d’origine irlandaise, venu évangéliser la région et qui fonda en 590 une abbaye à Luxeuil.
Après un voyage aller perturbé par de nombreux travaux routiers, les participants qui remplissaient totalement le car se répartissaient pour la journée en deux groupes pour un meilleur confort d’écoute. Deux visites étaient prévues dans la matinée. L’une était consacrée à la visite du centre-ville, riche en demeures historiques, datant en particulier de la Renaissance. Le guide, particulièrement compétent, nous présenta la maison dite du Bailli ou Hôtel Thiadot du XIVe siècle, le plus ancien édifice civil de la cité, abritant maintenant la bibliothèque municipale, aux deux façades très différentes.
Non loin de là, la maison François 1er, qui se réfère non au roi de France qui n’est jamais venu à Luxeuil, mais à François 1er de la Palud, abbé de Luxeuil, qui fit édifier cet hôtel particulier au XVIe siècle.
La maison du cardinal Jouffroy du XVe siècle remarquable par son balcon de pierre qui repose sur des corbeaux aux appuis sculptés est complétée au XVIe siècle par une partie de style Renaissance comprenant une échauguette.
Luxeuil a été dès le début du VIIe siècle un centre essentiel pour l’évangélisation de la région avec la fondation d’une abbaye par saint Colomban. Elle joua un rôle extrêmement important, surtout grâce à son scriptorium. Il n’en reste qu’une partie du cloître.
L’église abbatiale Saint-Pierre et Saint-Paul, devenue basilique en 1924 par suite du retour d’une relique de saint Colomban enterré à Bobbio en Italie, est de style gothique, le chœur ayant été restauré par Viollet-le-Duc. On y trouve en particulier des stalles de style baroque, une imposante chaire à prêcher venue de Notre-Dame de Paris et surtout un orgue spectaculaire par ses dimensions, la décoration baroque en bois de chêne de son buffet.
La seconde visite de la matinée était consacrée à l’&cclésia, bâtiment à l’architecture très contemporaine qui abrite en particulier des vestiges archéologiques, découverts lors de fouilles préventives au centre de la ville. Les sujets d’intérêt sont multiples : 150 sarcophages de l’Antiquité tardive et de l’époque mérovingienne, certains, attribués à des moines, situés tout près des vestiges de la crypte de saint Valbert, disciple de saint Colomban. Dans des tombes plus récentes des objets ont été retrouvés (poteries, pièces de monnaies, bijoux, memento mori….).
Les deux groupes se retrouvèrent pour aller voir les thermes, poumon économique de la ville. Trois sources sont utilisées actuellement pour des soins de santé. C’est sous le règne de Louis XV que fut construit l’actuel bâtiment d’architecture classique en grès rose des Vosges. La venue de Napoléon III relança fortement la ville, qui érigea un second bâtiment.. L’ensemble est situé au sein d’un vaste espace vert et boisé.
Après un agréable déjeuner, retour au centre-ville pour découvrir la Tour des Echevins avec ses 146 marches qui permettent d’avoir une vue à 360° sur la ville. De style gothique flamboyant, cette tour fut érigée au XVe siècle par la famille Jouffroy, dont nous avions admiré l’hôtel particulier dans la matinée.
Elle permettait de surveiller les environs et les départs de feu mais elle servit surtout pour les réunions des édiles de la ville qui y mirent à l’abri les trésors archéologiques de la ville, ses archives et en firent ainsi l’un des plus vieux musées de France. La salle du rez-de-chaussée, agrémentée d’une imposante cheminée, est maintenant le lieu d’expositions des résultats des fouilles réalisées dans la ville, en particulier une importante collection de stèles funéraires gallo-romaines des Ier et IIIe siècles. On peut y trouver la représentation du métier exercé par la personne disparue, la richesse ou non du défunt à travers la qualité des sculptures, la présence ou non de couples ….
Au premier étage l’exposition temporaire présente les étapes nécessaires à la création d’un manuscrit, les différents types d’écriture utilisés au Moyen Age dans d’autres scriptoria et les évolutions qui se firent. Ce thème est à mettre en relation avec l’importance qu’avait le scriptorium de Luxeuil, qui est le lieu de création du signe & appelé esperluette, repris dans le nom du centre d’interprétation archéologique &cclésia. Au second étage une présentation est faite de l’Ecriture de Luxeuil et différents documents l’utilisant sont exposés.
La dernière visite était consacrée au conservatoire de la dentelle de Luxeuil, installé près de l’ancien cloître de l’abbaye. Cette dentelle s’inspire pour sa technique de la dentelle de Milan, importée par Marie de Médicis. C’est une dentelle à l’aiguille, dite aussi dentelle au lacet, exécutée à l’aide d’un lacet et/ou d’une petite dentelle mécanique pour définir les contours du motif, tous les espaces étant repris avec des points de remplissage, au nombre d’une cinquantaine, exécutés seulement avec un fil très fin et une aiguille. Elle connut une grande renommée et une forte diffusion après la venue à Luxeuil de l’impératrice Eugénie, à qui la ville avait offert une ombrelle en dentelle.
Il restait encore un peu de temps pour faire une dernière promenade dans le centre de Luxeuil, acheter quelques spécialités comme la dentelle, le jambon fumé ou les croquants aux amandes avant de prendre le chemin du retour vers Dijon sous le soleil.
Annie Haïk